1. FAS FATUM

Un des amis murmure fas fatum
le fado c’est bien une chanson triste
bien triste, dans un coin un vieil homme
chuchote moito obrigado et elle
tourne la page, il y a un homme de plus
de cinquante ans, permis de conduire
de première classe, en grande nécessité
une fille malade, si malade, il prendrait
n’importe quel travail, peu importe
et elle dit sûr qu’il s’est suicidé
(je t’aime beaucoup on lui repond)
une fenêtre restera à jamais fermée
(je t’aime beaucoup, je t’aime beaucoup)
une cuillère, une épée maintenant inutiles
(le phalus tu parles du phalus)
et son sang se dilue définitivement
dans les eaux. Tous ont raison:
elle est finie l’époque des aventuriers, c’est vrai.
La terre est encore infinie pour les
miniscules pieds des enfants et comme hier
rivières de lait caressent la racine des arbres.
Mais où sont les héros.
C’est inimaginable un autre Lope de Agirre
on meurt comme des papillons
de nuit, nos dernières heures,
asphyxie, le dégoût des fleur fannées.
Nos linceuls sont déjà sales, c’est vrai,
dans ce congelateur made in Germany.

 2. ERRUDUNA - Coupable -

Ton unique souci était de me culpabiliser,
j’avais fini par le croire,
à force de subir tant d’attaques sans fondement,
je pensais que j’allais chuter
comme cet ancien projet.
Mon unique souhait était aussi entier
qu’un chant de Maurizia
je voulais t’oublier,
mais comment y parvenir
alors que j’avais ta photo à côté de mon lit.
Je ne suis pas celui qui t’a oublié
celui-là devait être quelqu’un d’autre.
Celui-là devait être quelqu’un d’autre
puisque je ne me souviens plus de toi,
on m’a déjà dit
que le temps s’ècoulait rapidement,
écrasant tout sans pitié.
Je ne suis pas celui…

 3. NOR DA? - Qui est-ce? -

Qui est celui dont tu te souviens? Qui est-ce?
Qui est le maître de ce moment avant que tu t’endormes?
Qui est celui que tu portes dans ton coeur? Qui est-ce?
Qui est celui que tu gardes dans tes yeux? Qui est-ce?
Qui est celui dont tu te souviens? Qui est-ce?
Les lointaines lumières de Tanger
ne suffisent pas
pour te voir.
Un doux vent de l’ouest,
c’est ce que j’ai besoin
pour te connaître.
Qui est celui dont tu te souviens? Qui est-ce?·
Les questions que je me pose sur toi
fondent
au soleil.
Aujourd’hui j’ai vu l’amour,
passant,
par dessous ta fenêtre.
Qui est celui dont tu te souviens? Qui est-ce?…



 4. BYE BYE GIZONTXO - Bye Bye petit homme -

Ta chemise de couleurs me plaît
quand tu vas dans le dernier autobus le dimanche soir
les rues sont sombres et les maisons obscures
l’homme du télésoir ne veut pas se rendre compte
de ton aventure de ce soir.
Ne t’attriste pas davantage, petit homme
Rose viendra à nouveau un de ces jours du mois prochain.
Il y a peu nous étions jeunes
disons il y a quelques dix ans au cas où ils ne le sauraient pas
l’un après l’autre
une montagne de jours
et c’est cela que les gens appellent la vie.
Pourquoi l’appellent-ils ainsi?
Mais vraiment ne t’emporte pas petit homme
la jaquette rayée que tu portes est très jolie
les entrées de cinéma, la photo, le peigne.
Dors, la loto est déjà prête sur la petite table
il faut chauffer le lit à deux places.
Oui, les batailles les plus violentes se passent toujours un peu loin
dans un autre endroit s’avancent dans le silence de la nuit
les vivas pesants des vainqueurs.
Dors petit hommetu t’en vas en t’assombrissant
en silence et très rapidement
dans le dernier autobus de la nuit.

 5. 37 GALDERA MUGAZ BESTALDE DUDAN KONTAKTU BAKARRARI
- Questions au seul contact au-delà de la frontière -

Dis-moi, êtes-vous heureux vous habitants d’au-delà de la frontière?
Trouvez-vous l’amour parmi ceux que vous aimez
les vingt cinq ou vingt pour cent que vous aimez
ou comme ici les téléphones se taisent’ils, comme des coeurs déserts nuit après nuit
comme des coeurs déserts dans Ia dernière salle du la-byrinthe?
Parmi les régions de votre royaume y a-t’il un Oreenland
o un Groenland? Vos vallées sont-elles sombres?
Avez-vous des postes d’essence de la compagnie Shell, et les papillons
no se réfugient’ils pas dans les coquilles jaunes? Même pas en hiver?
N’a-t’il pas existé chez vous un espion s’appellant Cenizas?
Dis-moi, êtes-vous heureux vous habitants d’au-delà de la frontière?
Ne rêvez-vous pas aux crabes? Et aux enfants aveugles?
Vous souvenez-vous jamais du cycliste Tom Simpson? Comment
il s’asphyxia en grimpant l’Aubisque? Comment son maillot
ressemblat à un tapis d’échec déchiré sur le gravillon?
Au-delà de la frontière les feuilles protègent’elles les fruits?
Y a-t’il des fraises? Les poissons abyssaux ne ressentent t’ils pas/l’existence du soleil?
Savent’ils différencier les mots lumière et obscurité?
Et ces gens qui en prenant le train disparurent dans la transparence du jour
gardèrent’ils jusqu’au dernier moment l’illussion qu’il puisse s’arréter?
On m’a dit que le destin des oiseaux dépend du vent
qu’il y a en mer des bâteaux qui ne trouvent jamais de port.
Vous autres, quand vous parlez de port,* à quoi pensez-vous éxactement?
A l’avantage d’un emploi sûr? Ou à ce qu’on mange avec une orange tout simplement?
Quand vous priez, avez-vous dans l’esprit les caravanes du désert?
Sont’ils, êtes-vous nombreux dans ce royaume d’au-delà de la frontière?
Ces gens que je vois tous les jours dans la rue y vivent’ils?

  6. HAMABOSTEAN BEHIN - Tous les quinze jours -

Bien qu’il sorte peu de chez lui,
Jon Trollope se rend une fois tous les quinze jours
à la laverie.
Il traverse deux pâtés de maisons,
et ces rues-là sont plus noires et plus brillantes.
Il prend à gauche à la poste centrale
des magasins grecs, le billard, et l’hôpital,
oui, oui l’hôpital.
Il pense à son salon, ses moindres recoins lui sont familiers,
c’est le lieu qui lui revient toujours en mémoire
ce lieu toujours en mémoire,
toujours ce lieu.
T’as de l’argent? demande-t’il au patron.
Où veux-tu qu’on aille sans ce sale fric?
Voilà qu’elle est la réponse.
Il suit la ligne du trottoir,
il connaît de mémoire le chemin de la maison,
une fois par quinzaine.
Il pense à son salon, ses moindres recoins lui sont familiers,
c’est le lieu qui lui revient toujours en mémoire
ce lieu toujours en mémoire,
toujours ce lieu.
Combien de fois, dans ce salon, Jon Trollope
ne conservera-t’il pas le souvenir nostalgique
de sa promenade coutumière,
la nostalgie de sa promenade,
la nostalgie.


  7. BERREZIKETAREN ZAILTASUNARI BURUZ - Sur la difficulté de la reéducatión -

Alors que le salut du monde est en jeu,
ils vont chez le coiffeur.
Au lieu de trotter enthousiasmés derrière l’avant garde, ils disent:
ça serait pas mal une bière, maintenant!
Au lieu de lutter pour la bonne causse,
ils luttent les varices et les petits bobos.
Au moment décisif,
ils cherchent
la boîte aux lettres ou le lit.
Alors que va commencer le millénaire,
ils font bouillir les langes.
C’est que tout rate à cause des hommes!
Avec eux on ne peut construire aucun état.
Un sac de puces n’est rien à côté
de ces gens.
Provinciaux timorés!
Imbéciles qui ne pensent qu’à consommer!
Vestiges du passé!
Mais on ne peut pas les tuer tous!
On ne peut pas passer son temps à les convaincre, jour après jour!
Ah, si les hommes n’existaient pas,
ça serait super!
Ah, si les hommes n’existaient pas.
Ah, et alors.


  8. GALTZETAN GORDETZEKO KOBLAK - vers pour cacher dans les pantalons -

Venus est la première à s’allumer dans le ciel
la plus vieille chauvesouris se reveille maintenant
en silence elle caresse les tuiles rouges et les murs gris
l’oiseau des coins noirs couvre la nouvelle nuit.
Nous sommes ici sans pouvoir fuir du château des cendres
quand ce grand filet qu’est la nuit tombe sur nous
il m’emprisonné et m’attache à la tristesse
je me trouve ici sans pouvoir expliquer ce qu’est ceci.
Ceci est le refuge des craintes et des herbes obscures
ceci est la cathédrale des larmes et des hommes vides
ceci est un désert sans veille et au lendemain court
ici gît le cadavre vivant de ce qui fût un peuple.
On dit qu’ailleurs surgissent beaucoup de fleurs à la vie
mais tout ceux qui entrent en prison sont conduits à la tombe
á l’échafaud sur lequel vole et tisse les chauve-souris.
Ouvrez les yeux pour voir comment nous nous balançons.
J’ecris ces vers en prison sans lumière
quand la douleur est là au bout des nerfs
les gardiens cherchent des papiers dans les cellules
viens prend ces vers et cache-les dans les pantalons.


 9. ASPALDIAN - Il y a longtemps -

Mon grand-père Elias
se marria avec
une jolie fille de Saint Grégoire.
Au fil des années, elle serait ma grande-mère.
Il y a longtemps,
il y a longtemps.
Elle me disait qu’à son époque
on ne travaillait guère,
que les femmes lavaient le linge dans la rivière
en riant, en s’aidant.
Il y a longtemps,
il y a longtemps.
Elle mourut à quatre-vingt treize ans
dans une maison à Bilbao.
Elle continuait à parler comme à Saint Grégoire.
Elle disait encore , .
Il y a longtemps, il y a longtemps.

 10. CRACK (PIPA BAT) - Crack (une pipe) -

Par là bas marche un homme,
d’un coté à l’autre dans la rue;
par là bas arrive un autre
marchant d’un pas nerveux.
Ils se saluent froidement
se tapant les mains;
ils ne ressemblent en rien,
ils ne sont pas de la même race.
Maintenant un troisième arrive,
l’eau arrive, le feu arrive;
de suite, ils cloturent l’affaire,
ce n’est pas le moment de parler.
Chacun part de son coté;
les chiens aboyent, on entend les sirènes,
il y a de la neige sale sur les coins,
containers, couloirs obscurs.
Un des trois hommes
se tient dans la pénombre;
dans la rue apparaît une petite lueur:
il vient d’allumer sa pipe.
Le malaise vole
comme l’ennuyeux oiseau du soir;
tout est maintenant sommeil, oubli,
mort douce.


 11. ZALDIAK NEGARREZ - Les chevaux pleuraient -

Ils racontent qu’un jour, près de la rivière Rubicon,
les meilleurs chevaux de l’Empereur se mirent à pleurer parce qu’après la victoire ils les laissèrent en liberté.
Et nous parlions de ces choses pendant que nous marchions dans la rue.
Du Centro Extremeño des gens descendaient, des gens descendaient.
L’air se remplit de signes, de présages.
Est-ce que moi aussi j’allais me mettre a pleurer de peur de rester seul?
Ils racontent qu’un jour, près de la rivière Rubicon...
Je prononçais les paroles définitives: amour, haine, amour, haine.
Je m’efforçai à déchiffrer les signes, empreintes dans la neige, empreintes dans la neige.
Il n’y a rien à dire que tu tituta, tu tituta...
Ils racontent qu’un jour, près de la rivière Rubicon
...


 12. GELDIRIK EZ EGON - Ne reste pas immobile -

Bien qu’il soit disastreux
ce chemin que tu as devant toi,
si tu aimes le prendre,/emprunte-le,
emprunte-le.
Ne reste pas immobile.
Ne reste pas immobile.
Ne leur prête pas attention
à ceux qui parlent de toi
mais ils ne comptent pas sur toi.
Ce sont tes ennemis.
Ne crois pas non plus en moi
fais attention.
Ne reste pas immobile.
Ne reste pas immobile.
Enlace très fort
une belle histoire.
Saisi le jour.
N’oublie pas que le temps c’est du sable,
sable d’or,
sable d’or.
Ne leur prête pas attention
à ceux qui parlent de toi·
Ne reste pas immobile.
Ne reste pas immobile.
Enlace très fort...   



 13. NIRE FURGOI BELTZA - Ma fourgonnette noire -

La buée n’a pas encore
recouvert les vitres
et déjà j’en ai assez de cet autobus
la radio donne la métèo du jour
et que dit-elle cette garse?...
Depuis que je t’ai perdue…
Comment me vient-il
ton souvenir maintenant
ta ligne orange, ta couleur noire
me manquent
depuis que je passe des heures aux arrêts.
Depuis que je t’ai perdue
ma fourgonnette noire/à la ligne orange, depuis que je t’ai vendue…
Une fois le rideau baissé et les micros pliés
de nuit allant à la maison seul avec toi
la rouille dort dans les signes
ceci étant le prix de celui qui va seul.
Depuis que je t’ai perdue…
Je ne me sents plus comme il faut, non
depuis qu’ils nous ont séparés
où puis-je dormir, dis
si ce n’est dans ton giron
où garder ma guitarre, les objets servant à fumer
oh! quelle misère.
Depuis que je t’ai perdue
ma fourgonnette noire
à la ligne orange, depuis que je t’ai vendue…


 14. ENE BEGIEK - Mes yeux -

Mes yeux n’ont pas envie de verser des larmes,
car ils vivent une seule vie, qui est la seule qui soit. Écoute,
le temps, cette charrette tirée par des boeufs passe lentement.
Regarde les aiguilles des horloges se rouiller par endroits.
Combien de choses ai-je laissées au bord des chemins
ou au fond des lacs gris, dans cette unique vie,
et combien de fois nous nous sommes perdus dans les brouillards
en compagnie de moineaux qui rêvent d’être des coqs de bruyère.
Mes désirs ne sont déjà plus que des nids abandonnés
dans mon coeur. Le soleil est un disque chétif.
Fasse que je n’entende plus, que je ne regarde ni ne pense plus,
car cette vie est la seule, et pour qu’elle ne se perde, fasse que je ne marche
ni même ne sent, je veux être comme les pierres,
un lieu où se croisent les siècles et les secondes,
n’être qu’un lieu, dans la patrie qui se nomme distance.


 15. BERANDU DABILTZA - ils sont en retard... -

Quand la vie de chaque jour commença à répandre sans cesse les cafards comme charbon,
Otis Redding s’assit au bord de la baie pour chanter les avions tombées blues band;
les fleurs du pommier brûlèrent et moi je commençai à saigner du nez
quand je lisais de la pornographie dans les W.C. publics de céramique blanche love,
et les alchimistes publièrent une note favorable à la plusvalue,
et jetèrent les deux homosexuels du restaurant pour des raisons commerciales.
Ils imprimèrent par milliers les copies de la solitude parce qu’on était aux portes de l’hiver,
mon oncle m’écrivit une carte postale Stop parce que c’était mon anniversaire Stop neuveu,
et profita pour me conseiller de m’assurer à sa compagnie, on ne sait jamais,
et ma chérie me téléphona avec amour au milieu de la nuit; quand la vie de tous les jours commença
à verser des cafards noirs comme le charbon.
Ensuite la rivière se trouva pleine de spermes tombés sans cesse du ciel,
il entraina les chemises roses aux fleurs blanches, rouges, noires, multicolores,
et la même semaine elle cria je suis une putain, en quittant la noce champagne,
la timide secrétaire écrivit sa première lettre dans une oli-vetti,
les mendiants à tout hasard mirent sur pied des maisons de toiles pour abriter les papillons,
les écureuils attaquèrent le supermarché: haut les mains, oû est-il le coffre fort aux noix?
Enfin vint l’hiver et les oies firent un V dans le ciel,
tandis que dans les dispensaires on distribuait abondemment les pilules anti-tristesse,
ils prévoyaient ainsi une édition corrigée et augmentée des sept plaies d’Egypte;
les anges et les chérubins se mirent à vendre des grammes de bonheur,
les vertus cardinales montèrent antinaturellement dans la bourse de Rome,
les banques firent cadeau de milliers de livres sous le thème de Priez mais surtout Travaillez;
mais tout cela fut en vain ils sont en retard ils n’obtiendront rien,
les palais s’écroulent les murs des prisons se lézardent
et nous autres nous allons libres à travers les rues, en pantalons oranges, libres, libres.