| 1.
LERA ZAKURREN BALADA (J. Sarrionandia / R. Ordorika) |
BALLADE DES CHIENS DE TRAINEAU
Chiens aux yeux bleus qui tirez / Un traîneau fait dossements
de baleine, aïe, aïe / Pourquoi progressez-vous contre
le vent du nord / A travers les étendues des neiges éternelles?
// Chiens sauvages et affamés qui remuez / Sur la mer
de glace déserte / Qui est votre maître, quelle
dame blanche servez-vous / Sous le fouet, dans la voie embrumée
de votre haleine? // Pour quel but, quel ordre, quelle fantaisie
/ Vous épuisez-vous dans laction, aïe, aïe
/ Si le but, lordre, la fantaisie / Ne seront jamais vôtres?
/ uand les hommes entreront dans le petit igloo / Vous, vous
resterez dehors, aïe, aïe / Vous devrez achever le
plus faible dentre vous / Pour apaiser la faim. // Chiens
blancs prolétaires de léternelle blancheur
/ Du pays des longues ombres, aïe, aïe / Vous naboyez
même pas, et en hurlant / Vous ressemblez aux loups des
forêts tempérées.
 
| 2.
IBAIA (J. Sarrionandia / R. Ordorika) |
LE
FLEUVE
Il ne sappelle pas Danube / Ce nest pas le Mississipi
/ Il se nomme Ibaizabal / Le fleuve de mon pays natal. / Ce
nest pas le Danube / Ce nest pas le Fleuve Jaune
/ Cest un ruisseau court et étroit / Rempli deau
couleur de rouille. / Nous nous promenions là-bas, autrefois
/ Sur ces pas de pierre. // Il ne sappelle ni Danube /
Ni Nil, ni Niagara / Il se nomme Ibaizabal / Le fleuve de mon
pays natal. / Après lavoir quitté, jallais
toujours / De pont en pont / Je ne pensais pas / Que je laurais
retrouvé. / Maintenant je sens en moi / Les eaux troubles
de lIbaizabal. // Je ne sais pas comment / Leau
est parvenue à entrer en moi. / Une fois, javais
dû boire par mégarde / celle dIbaizabal.
/ Ce nest pas le Danube / Ce nest pas le Saint Gange
/ La rivière boueuse / De notre enfance. / Désormais,
les eaux troublées dIbaizabal / Me passent par
le cur. // Il ne sappelle pas Danube / Son nom est
Ibaizabal / Celui qui est entré en moi / Bien que jétais
éloigné de lui. / Le ruisseau qui depuis
Me court dans les veines / Est le seul qui mappelle /
Par mon vrai nom. / Les eaux troubles de lIbaizabal /
Me régénèrent lesprit / De leurs
vieilles eaux.
Ibai zabal signifie « fleuve large
» bien quil sagisse dune modeste rivière.
Dans la traversée de Durango, le fleuve peut se traverser
à gué en un endroit nommé « Harripausueta
» qui signifie « les pas de pierre »..
 
| 3.
HONDARTZA GALDUAN (J. Sarrionandia / R. Ordorika) |
SUR
LA PLAGE PERDUE
Le vieux quai, une pauvre baraque / Des maisons de bois / Du
poisson suspendu à vendre, de la musique / Mexicaine
/ Des moustiques et des jejenes à la tombée du
soir / Et les filles liées à la nuit / Et ensuite
sendormir avec le vent / Qui est passé à
travers les mangroves. // Assis sous lauvent dune
maison de bois / Le dos appuyé sur le poteau / Regardant
la mer, leau / Leau qui vient jusquà
la plage. / Les sargazos et les méduses sur le sable
/ Et entre le sable et lherbe / La boue, la boue putride
qui tient lieu de douane. // Et toi, là, assis comme
un douanier / Dans le marécage. / Mettons que tu aies
le pénis dressé. / Et tu vas inventer un nom /
Pour cette plage perdue, ou plutôt non / Tu vas la laisser
sans nom / Dans la marge des cartes illégales de la mémoire.
// Les choses ne sont pas comme elles devraient être /
Sinon tu serais à Laredo / Devant une bière fraîche,
avec tes crèmes Nivea / Et ton visa touristique. / Tu
serais un Basque comme il faut, sérieux, très
occupé. / Là qui es-tu si ce nest un naufragé
/ Qui a perdu ses idées comme on égare ses chaussures.
// Ce serait mieux si cette plage était imaginaire. /
Ce serait mieux si tu nétais jamais arrivé
sur ce rivage / Si tu navais jamais bu / Cette eau trouble
et salée. / Tu as lhaleine salée, et le
bruit des vagues / Dans les oreilles / La certitude de rester
complètement seul / Comme cela narrive quen
imagination. // Et cette fille quest-elle donc / Cette
fille / Pour que tu létreignes comme une planche
à la dérive. / Mais la mer est à toi et
laurore / Et la nuit, le temps est tien. / Entends les
vagues vides de sens qui viennent jusquà la plage
/ Y México lindo y querido
.
 
| 4.
HIRIAK (J. Sarrionandia / R. Ordorika) |
LES
VILLES
Cest ton corps qui est désormais ma ville / Cest
toi qui es désormais la patrie que je désire.
// Pour vivre, le lieu mimporte peu: / Paris, Tombouctou
/ New York, Bombay, Segura / Berlin, Katmandou / Sydney, Addis
Abeba / Alger, Lisbonne / Buda, Pest, Kiev, Ottawa. // Mais
désormais cest toi ma capitale / Ma patrie, ma
tombe, mon lieu de naissance. // Pour mourir aussi, peu mimporte
le pays: / Lomé, Fribourg / Quito, Tallinn, Luanda /
Taschkent, Mutriku / Shangai, Istanbul, Praia / Prague, Kigali
/ Bangkok, Amsterdam, Basora. // Mais désormais cest
toi ma capitale / Ma patrie, ma tombe, mon lieu de naissance..
 
| 5.
ESKU
BIAK (J.
Sarrionandia / R. Ordorika) |
LES
DEUX MAINS
Dune main, je tai dit: «Adieu / A
quand tu voudras!» / De lautre main je nai
su que faire, aïe / Jusquà ce que tu reviennes
/ De lautre main je nai su que faire, aïe /
Jusquà ce que tu reviennes. // Cette main droite
ta appelée / Par téléphone / Et la
gauche aussi taime / Passionnément / Non, ces mains,
ne se sont jamais affrontées / A cause de toi
//
De la gauche, jai ouvert le volet, avec la droite / Jai
pris le café / De la gauche, jai saisi la guitare
et de la droite / Jai assemblé quelques notes délicates.
/ La gauche, en mindiquant ma montre / Ne ma pas
allégé le temps. // Jai besoin des deux
mains pour tétreindre / Je me sens à ta
merci / Pour taimer, les mains / Les deux vont sallonger
/ Pour te caresser. // Jai besoin des deux mains / Pour
tétreindre / Jai les deux mains libres /
Pour toi.
 
| 6.
ALBERT EINSTEINEN MIHIA (J.
Sarrionandia / R. Ordorika) |
LA
LANGUE DEINSTEIN
Cet Albert Einstein muet / Qui tire la langue / Du poster de
la chambre / Que veut-il donc dire? // Lil bleu,
le cheveu long / Il ne sest jamais coiffé de sa
vie. / Et cette langue, maintenant / De qui se moque-t-elle?
// Du vingtième siècle? / De ce monde troublé?
/ De celui qui passe dans la rue? Et, pourquoi à moi?
// Tires-tu cette langue / A tous les Etats unis et désunis
/ Ou bien à nous / Pauvres malheureux? / Ce concept de
la langue / Est beaucoup plus préoccupant / Que la théorie
de la Relativité / Elle-même. // Au marché
de Kaboul / On vend du pavoet et des munitions / Et au mur de
la pièce / On trouve la langue dEinstein..

| 7.
GOIZALBADA
(J.
Sarrionandia / R. Ordorika) |
CHANSON
DE LAUBE
Ah, nuit, plus sombre quun volet fermé / Continue,
continue / Prolonge-toi donc, pour que la lumière ne
blesse pas / Mon amante aux yeux. // Dure tout un siècle
ou pour le moins / Une vingtaine dannées. / Ah,
nuit, prolonge-toi plus animale que le paradis / Toute sauvage,
toute secrète, comme incognito. // Prolonge-toi encore
au moins / Sept jours. / Ah, nuit, plus mystérieuse /
Que lamour. // Continue, pour que le coq, le mari / Le
douanier et le curé ne séveillent pas /
Allonge-toi encore dune petite heure / Dure, dure. Nuit,
continue un petit moment de plus. // Prolonge-toi au moins //
Un petit peu plus. // Ah, nuit, plus mystérieuse / Que
lamour.
 
| 8.
EZ
DA ITZULIKO (J.
Sarrionandia / R. Ordorika) |
IL
NE REVIENDRA PAS
Il ne reviendra jamais / Où reviendrait-il donc? / Où
donc est-il mieux que là-bas / Pour vieillir loin de
tout? / Loin de tout et seul / Sans ladieu de quiconque.
// Il ne reviendra pas, et le temps / Va au-devant de son absence.
/ Il sen va, précis et impitoyable / Le temps qui
tue. / Car il va tout emporter / Dans le plus banal des jours.
// Non, pas même avec des émeraudes / Non, il ne
va jamais revenir. / Il restera là-bas / Sans les saisons
de lenfance / Nommant «futur» / Quelques-uns
de ses a priori. // Le Dieu Soleil, lui oui / Sans racines /
Sans mémoire, lui / Il revient oui / Produisant de superbes
crépuscules rouges / Du couchant au levant. // Mais moi,
je ne reviendrai pas / Où donc reviendrais-je? / Où
serais-je mieux quici / Pour vieillir loin de tout / Loin
de tout et seul / Sans ladieu de quiconque.

| 9.
BERAK ENTZUNGO EZ DUEN KANTUA
(J. Sarrionandia / R. Ordorika) |
LA
CHANSON QUELLE NENTENDRA PAS
Nous voyagions sur les bords de la Mer dAral / Vêtus
de Tee-shirts Pacific Ocean. / Montés sur un vieux tank,
et regardant depuis cet atalaye* / On voyait quelques avions
/ Qui rouillaient dans le désert, là-bas sous
le soleil / Sans que lon puisse savoir en quelle guerre
ils sétaient égarés. // Le ciel était
clair, la terre brûlée / Et voilà que là-bas
survint cette fillette / Qui demandait quelque chose dans sa
langue: / Nous ne comprenions pas. // Nous nen savions
pas assez pour comprendre. / Cette chanson nouvelle mest
venue maintenant / Une réponse, que cette fille / Nentendra
jamais. // Nous voyagions au bord de cette mer asséchée
/ Sans savoir en quelle guerre nous nous étions égarés.
// Le ciel était clair, la terre brûlée
/ Les propos incompréhensibles de la fillette / Quelle
était la question? / Quelle était la langue? /
Nous ne comprenions pas. // Nous nen savions pas assez
pour comprendre. / En guise de réponse, jinterprète
ma chanson / Cette chanson quelle ne comprendra jamais
/ Cette chanson quelle nentendra jamais.
*Poste de vigie placé sur un promontoire
côtier doù les pêcheurs surveillaient
la mer et notamment le passage des baleines.
 
| 10.
ENBAXADORE HODEIERTZEAN. (J.
Sarrionandia / R. Ordorika) |
AMBASSADEURS
A LHORIZON
Bien loin au devant du long bras de la Loi / Nous arrivâmes
à lhorizon. / Nous sommes ici, en tant quambassadeurs
/ Ambassadeurs à lhorizon. // Doù
êtes-vous? Qui représentez-vous? / Que voulez-vous
donc? / Ici aussi il vous faut un drapeau, en tant quambassadeur
/ A lhorizon. // Nous avons oublié ce que nous
représentons / Sans drapeau, sans patrie / Sans diplomatie,
sans mandat, nous sommes ambassadeurs / A lhorizon. //
A la limite incertaine où tout disparaît, se transforme
en un point / Où tout séloigne / En ces
confins où nous nous perdons nous-mêmes / Nous
sommes ambassadeurs à lhorizon. // Regarde là,
loiseau, regarde lalbatros, nest-ce pas cela
/ Notre drapeau? / Lalbatros comme drapeau, tout à
fait convenable pour nous / Parce que nous sommes ambassadeurs
à lhorizon / A lhorizon où tout se
perd, à lhorizon / A lhorizon, à lhorizon.
 
| 11.
IZEN
ZAHARRAK (J.
Sarrionandia / R. Ordorika) |
LES
ANCIENS NOMS
Nous naquîmes / Dans une région étriqué
/ Nos ancêtres nous laissèrent / Une modeste patrie.
/ Les riches marchands achètent / Aussi bien cher que bon
marché / Nos terres / Les os de notre peuple. / Les terres
et les os / Et passent les saisons / Et nous aussi nous nous en
allons / Nous sommes toujours moins nombreux / Toujours plus loin
se trouve / Ce que nous étions / Que restera-t-il à
lavenir? / Des noms de lieux peut-être / Rien de plus:
Ursouia, Itchasou / Irouleguy, Aussurucq et Tchoko Maitia
/ Les gens prononceront ces noms de lieux / Avec un air de mystère
/ Les gens prononceront ces noms / Avec un air de mystère..
  |